Pourquoi jouer au démineur ?
ou Grandeur et décadence d'un démineur
Introduction
" Finalement cliquer sur des cases et finir une grille c'est bien mais bon une fois qu'on a compris qu'on savait le faire ça pourrait être lassant ... " Gablastar
Alors la question se pose : pourquoi jouer au démineur ? Un jeu stupide uniquement composé de chiffres colorés, qui se joue avec un seul doigt (deux maximum) et dont la seule animation quand on gagne une partie est un petit smiley jaune…Qui de nous n'a jamais entendu cette question embarrassante : " Et tu arrives à passer des heures là-dessus ? " lancée d'un ton las et écoeuré ? Que faut-il y répondre ? Il doit bien y avoir du plaisir dans ce jeu, mais où se cache-t-il ? (Ou bien les démineurs seraient-ils seulement masochistes ?)
Première Partie : Les débuts d'un démineur
L'attrait de l'absurde
" J'adore l'absurdité de notre passion commune. " Boblataupe
" S'investir dans un jeu qui est justement là pour qu'on ne s y investisse pas fait de nous des gars (et des demoiselles) à part " Edoceo
Eh oui il faut une certaine dose d'esprit de contradiction pour accrocher au démineur. L'attrait de l'absurde, un certain amour de la naïve innocence d'un jeu aussi simple, et une attirance vers les sciences au sens large (comprendre les mathématiques).
La très grande majorité des démineurs ont en effet une formation scientifique, ce qui explique qu'ils puissent penser trouver du plaisir dans le calcul mental ; ceci est facilement vérifiable, mais je suis bien sûr que si on creusait, on découvrirait que tous les démineurs acharnés ont également une petite singularité cachée. Car affirmer cet amour de l'absurdité dont parle Boblataupe permet de mettre en avant son caractère exceptionnel, ou de s'affirmer comme une personne " à part " comme le dit Edoceo. En somme quelqu'un qui aime les joies naïves, et qui aime la contradiction.
La violence brute
Personnellement j'admire également la puissance qu'un jeu tel que le démineur déploie quand il s'agit de passer ses pulsions destructrices. Lorsque je suis de mauvaise humeur, que j'ai besoin de faire un carnage, rien ne vaut le démineur, j'ai l'impression que ce petit jeu est encore plus efficace que les shoot'em up les plus brutaux sur le terrain du défoulement sanglant et jouissif (mais peut-être suis-je de parti pris…). D'où cette qualité lui vient-elle ? La possibilité de s'acharner furieusement sur la souris et de cliquer dans tous les sens sans réfléchir avec une violence incontrôlable, peut-être aussi la joie mauvaise de voir sauter 90 mines d'un seul coup dans une gigantesque explosion en chaîne… ?
Tout ceci permet de prendre assez de plaisir pour devenir le champion de son quartier, et tout cela est couronné par le sentiment d'avoir acquis un savoir-faire diabolique et d'être devenu le champion du monde de sa catégorie. Mais les tarés qui sont classés dans le Top 50 de ce site, il leur en a fallu plus. Qu'est-ce qui fait la différence entre un joueur du dimanche qui joue pour le plaisir de l'absurde et la possibilité de passer ses nerfs, et un de ces malades du haut du classement ?
Deuxième Partie : Ascension d'un démineur
La recherche de la gloire - la compétition
" Je m'y suis mis pour de bon pour devenir le numéro 1 mondial. " Jim Cricks
" S'il n'y avait pas autant d'émulation avec les autres francophones j'aurais sûrement été au dessus des 100 secondes à l'expert. " Tomtom
Quand on est petit, on rêve souvent de devenir champion du monde de foot, de devenir Napoléon, de devenir une star du rock…En gros de devenir le meilleur de sa catégorie sur Terre : le numéro 1 mondial. Et très vite on se rend compte que bousiller sa vie pour devenir sportif de haut niveau (ou dictateur mondial) c'est bien mais pas forcément très bien, et surtout c'est trop tard il fallait commencer plus jeune. Alors quand on commence à jouer au démineur et qu'on arrive autour de 120-130, c'est le stade où personne de notre connaissance n'a jamais fait mieux. Quelle fierté, l'amour-propre est gonflé d'orgueil et on s'imagine un grand champion de jeux video.
Hélas pour chacun d'entre nous, l'arrivée sur ce site a été l'occasion d'une formidable claque dans la tronche : quand on découvre pour la première fois le niveau des vrais grands démineurs, l'ego prend un coup de poignard presque mortel et on réalise que finalement on n'était jamais qu'un joueur du dimanche. A partir de là, soit on accepte la désillusion et on se résigne une nouvelle fois à laisser s'échapper notre idéal de soi dans l'azur du ciel, soit on réagit et on contre-attaque : l'entraînement intensif commence.
C'est l'esprit de compétition qui prend le relais, accompagné de l'émulation amicale des autres mordus de démineur, et la joie d'avoir trouvé une communauté de gens bizarres qui partagent le même intérêt pour les jeux débiles.
Le démineur s'y prête particulièrement car il s'agit d'un jeu universel : sur toute la planète des gens déminent, ils le font de la même façon, les scores sont directement comparables et le classement mondial est d'autant plus facile à établir. Pas de variantes régionales, pas de règles différentes selon les pays, le jeu est le même partout, et c'est ce qui fait toute la différence. Etre champion du monde de croquet, ça n'a guère de valeur car quels pays dans le monde jouent au croquet ? Même chose pour le rugby, les nations sont tellement peu nombreuses à pratiquer ce sport qu'il a fallu en inventer 4 rien qu'au Royaume-Uni ! Ca ça me fera toujours rire ! Le démineur c'est quand même autre chose !
La perfection du geste
Le caractère principal du démineur est qu'il s'agit d'une discipline à records, par opposition aux disciplines où on affronte un adversaire. En clair, même s'il existe de l'émulation entre joueurs, on joue pour parfaire sa maîtrise du geste plutôt que pour battre un concurrent. Le plaisir est donc technique, il s'agit de parvenir à l'harmonie totale entre l'univers, soi-même et la souris et à accomplir le geste parfait plutôt qu'être simplement meilleur que celui qui joue en face de soi. Le plaisir vient de ce que le démineur doit parvenir à repousser ses propres limites, et à devenir meilleur.
La transe du démineur
" Quand on y passe des heures il arrive un moment où tu n'as plus du tout de lucidité. […] C'est une façon de se retrouver avec soi même, une sorte de catharsis en quelque sorte. " Gablastar
On se rend compte après une longue pratique que le démineur ne se joue qu'avec une faible portion de notre psychisme. Une mince frange à la frontière entre la conscience et l'inconscient travaille à plein régime pendant le jeu, et les meilleures performances arrivent lorsque les pensées conscientes se mettent en veille et vagabondent un peu partout sans se préoccuper de la grille. D'aucuns appelleront cet état la transe du démineur, et elle procure un grand plaisir à ceux qui la goûtent ; en effet le jeu se déroule comme dans un rêve, plus facile, plus rapide. Le joueur est dans un état proche de l'hypnose, un état second où la souris galope par elle-même et où le joueur peut enfin penser à ce que bon lui semble sans même s'en rendre compte. Oui, on peut le dire, l'esprit est transporté jusqu'à la planète démineur !
Comment arriver à cet état de transe, où les records s'enchaînent sans qu'on y comprenne rien ? Plusieurs solutions : la drogue (mais laquelle ?), l'alcool, la fatigue, le téléphone, une conversation msn, un film…Qui a dit que le démineur rendait asocial ?
Troisième Partie : Apothéose du déminage
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Les limites de l'esprit humain
" Franchement le démineur ... c'est du calcul mental poussé à un tel point que ... ça devient ni plus ni moins une histoire de réflexes. " Knolan
Un des trucs qui m'éclatent le plus dans ce jeu, c'est de voir les limites de l'esprit humain. En pratiquant le démineur on arrive à se rendre compte assez précisément du temps de réaction du cerveau humain, et même dans une certaine mesure de son fonctionnement en général. Comme on le pousse dans ses dernières limites, la moindre vague pensée consciente a d'énormes conséquences sur le jeu.
Exemple : le moment où on pense cliquer gauche sur une case vide puis enchaîner avec un drapeau juste à côté - le clic gauche foire par accident et la case n'est pas révélée - la main continue sur la case avec la mine, pendant que le cerveau se dit "non, il faut cliquer gauche pour révéler la case" - paf, on fait exploser la mine !
Lorsque l'on arrive dans ce fameux état second, on parvient à constater d'une façon claire les performances assez fabuleuses de son propre cerveau en tant qu'organe vivant...C'est quelque chose qui n'est pas donné à tout le monde.
Le passage sous-cortical
" Il y a encore une étape après les limites du cerveau : le passage cortico -> sous-cortical ! En d'autres termes, les informations électriques nécessaires au jeu ne sont plus véhiculées que par des arc réflexes qui vont des organes sensoriels aux motoneurones effecteurs, de manière monosynaptique, permettant de s'affranchir de la longue intégration des données dans le cerveau. " G. Duffez
Tel est le futur du démineur : lorsque plus aucune donnée ne transitera par le cerveau et que les informations visuelles commanderont par arc-réflexe le mouvement de la main. Alors on atteindra pour de bon les limites physiques du démineur, en créant une race humaine mutante améliorée.
Quels seront les temps que l'on parviendra à faire alors ? Le mystère reste entier…
Epilogue : l'invasion alien
Enfin, il y a un dernier point qui me tient personnellement à cœur, c'est l'utilité finale du démineur. C'est vrai quoi, on n'insiste pas assez dessus : il y a un scénario à ce jeu, ce n'est pas juste du pur calcul mental. Le joueur incarne un démineur qui a 99 mines à trouver dans un champ. Eh oui, il agit pour le bien de la population ! Vous n'avez jamais réfléchi au nombre de vies sauvées à chaque grille terminée ? Voilà qui est gratifiant !
Un jour, la situation se présentera réellement, et là un grand démineur deviendra le sauveur de l'Humanité.
2056 - Système Solaire - La Terre est cernée par 99 mines cosmiques programmées par les envahisseurs extraterrestres pour annihiler toute trace humaine sur la planète. Il reste 45 secondes avant l'explosion - y aura-t-il un héros pour découvrir leur emplacement avec seulement une souris dans le temps imparti ?
Voilà la vraie importance du démineur !